Bruxelles n'est pas le pré carré des États-Unis

Célébrer un pays allié est une chose. Privatiser le parc du Cinquantenaire, symbole de l'indépendance belge, pour une démonstration de puissance des États-Unis en est une autre.

À l'heure où l'administration Trump multiplie les attaques contre l'Union européenne, les politiques climatiques, les institutions démocratiques et les intérêts européens, cette mise en scène en plein cœur de Bruxelles envoie un mauvais signal de la part de la Belgique et de l'Europe.

3 juil. 2026

Guerre au Moyen-Orient. Pressions commerciales contre l'Union européenne. Offensive contre les politiques climatiques. Attaques répétées contre les institutions démocratiques. C'est dans ce contexte que le parc du Cinquantenaire a été privatisé pour la célébration du 250e anniversaire des États-Unis.

Le Cinquantenaire est un des symboles de l’indépendance belge. Jamais un État étranger n’avait célébré sa fête nationale en s’appropriant un lieu aussi emblématique de la Belgique.

Pour sécuriser l'événement, un important dispositif policier a été déployé : chiens, motos, fourgonnettes, hélicoptère… Pendant ce temps, les Bruxellois étaient privés de leur parc et de sa fontaine en pleine canicule, tout en subissant les nuisances sonores du feu d'artifice.

Mais au-delà de ces désagréments, c'est surtout la portée symbolique de cet événement qui interroge.

En tant que Volt Belgique, nous ne sommes pas, par principe, opposés à la célébration de la fête nationale d’un pays allié dans notre capitale, d’autant plus que nous partageons des valeurs communes avec de nombreuses citoyennes et de nombreux citoyens américains. En revanche, quel que soit le pays concerné, ces célébrations ne devraient pas se tenir dans des lieux qui incarnent notre souveraineté et notre indépendance. 

Par ailleurs, si nous sommes reconnaissants aux États-Unis, notamment pour leur contribution décisive à la victoire sur le fascisme lors de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que pour les huit décennies de partenariat transatlantique qui ont largement servi nos intérêts communs, cette reconnaissance ne saurait nous conduire à ignorer les évolutions récentes de la politique américaine sous la présidence de Donald Trump. Ces transformations rendent la tenue d'une telle célébration au cœur de Bruxelles difficilement compatible avec les valeurs que défendent la Belgique et l'Union européenne, mais également avec leurs intérêts stratégiques. 

Sur le plan des valeurs, la Belgique n'avait aucune raison de faire preuve d'une telle indulgence envers un gouvernement dont les politiques remettent en cause l'État de droit, affaiblissent les engagements climatiques et privilégient une logique de confrontation dans les relations internationales. Les attaques contre l'indépendance de la justice, les pressions exercées sur la liberté de la presse et l'assaut contre le Capitole auraient dû conduire les autorités belges à davantage de retenue. 

Au-delà des divergences de valeurs, une série d'initiatives récentes de l'administration américaine porte directement atteinte aux intérêts stratégiques européens : l'imposition unilatérale de droits de douane à l'Union européenne, la crise énergétique provoquée par la guerre en Iran, les revendications territoriales sur le Groenland, sans compter le soutien explicite apporté à des partis extrémistes européens. Autant de signaux qui auraient dû constituer une ligne rouge, d'autant plus que les politiques d'apaisement vis-à-vis de Donald Trump n'ont que peu fait leurs preuves par le passé. 

Les dérives observées ne se sont d'ailleurs pas limitées à la portée symbolique de l'événement. Deux journalistes européens couvrant les festivités ont été expulsés du site par la police belge à la demande de l'ambassadeur américain Bill White, selon plusieurs témoignages concordants, après avoir exprimé son mécontentement face à leurs questions. Cet épisode soulève une question fondamentale : la Belgique doit demeurer garante de la liberté de la presse sur son territoire, indépendamment de toute pression exercée par une autorité étrangère. 

En tant que Volt Belgique, nous exprimons notre entière solidarité avec les journalistes concernés, demandons l'ouverture d'une enquête sur l'intervention de la police belge et appelons le gouvernement belge, la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil européen à condamner sans ambiguïté ces atteintes à la liberté de la presse.

La Belgique est un État souverain. Bruxelles est la capitale de l'Union européenne. Le parc du Cinquantenaire n'a pas vocation à servir de décor à une démonstration de puissance d'un État étranger, a fortiori lorsque celui-ci adopte des politiques contraires aux valeurs que défendent la Belgique et l'Union européenne ou porte atteinte à leurs intérêts stratégiques. Dans le contexte de ces commémorations, la présence d'un si grand nombre de nos dirigeants, de la présidente du Parlement européen Roberta Metsola au secrétaire général de l'OTAN Mark Rutte, en passant par le Premier ministre belge Bart De Wever, ainsi que leur silence et leur passivité jusqu'à présent, sont profondément indécents. 

Cet enchaînement d’événements renforce le sentiment d’un déséquilibre, dans lequel Bruxelles et, au-delà, l’Union européenne donnent le sentiment d’accepter une forme de subordination vis-à-vis des États-Unis. L’Europe devrait au contraire réduire ses dépendances militaires, numériques et énergétiques afin d’affirmer pleinement son autonomie stratégique, et cela passe par le renforcement de son unité politique. Plus que jamais, la construction d'une véritable Fédération européenne apparaît comme la condition d'une autonomie stratégique réelle, seule à même de garantir durablement notre sécurité, notre prospérité et notre souveraineté.