La prochaine crise énergétique est un choix, pas une fatalité
Les récentes tensions au Moyen-Orient rappellent avec force que la vulnérabilité énergétique de l’Europe n’est pas une fatalité : elle résulte de notre dépendance persistante aux combustibles fossiles importés. Une réalité s’impose désormais : l’Europe doit accélérer son électrification pour renforcer sa souveraineté énergétique.
La crise au Moyen-Orient révèle la vulnérabilité de l’Europe face aux combustibles fossiles
Le conflit impliquant l’Iran, qui a repris le 8 juillet après les combats du printemps dernier, a à plusieurs reprises menacé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique par lequel transitent, selon l'AIE et le CNUCED, environ un cinquième du commerce mondial de GNL et un tiers du commerce maritime mondial de pétrole.
Le 20 juillet, les rebelles houthis ont annoncé un embargo maritime visant l’Arabie saoudite, renforçant les craintes de perturbations de la production et des exportations pétrolières du Golfe.
Cette reprise des hostilités a provoqué une forte hausse des prix du pétrole et du gaz. Le Brent a atteint environ 100 dollars le baril le 23 juillet, tandis que le prix de référence européen du gaz naturel (TTF néerlandais) a grimpé à 64,4 €/MWh le 24 juillet. Cet épisode a montré à quel point les économies européennes dépendantes des importations de combustibles fossiles restent exposées aux tensions géopolitiques.
Pourquoi cet épisode est-il important au-delà de la réaction immédiate des marchés ?
Premièrement, des perturbations persistantes maintiennent les prix de l’énergie à un niveau élevé. Comme les fournisseurs d’énergie et de nombreux consommateurs industriels couvrent une partie de leurs achats sur les marchés à terme, plus les prix de gros du gaz restent élevés longtemps, plus cette hausse se répercute sur les factures énergétiques des ménages et les coûts d’exploitation des entreprises.
Deuxièmement, le remplissage des stocks de gaz en Europe a commencé plus tard cette année en raison d’un hiver prolongé, du regain des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et de la volatilité des marchés mondiaux du GNL. À l’approche de l’hiver, l’Europe pourrait devoir reconstituer ses réserves dans des conditions de marché moins favorables, augmentant le risque de coûts énergétiques plus élevés pour les ménages et les entreprises.
La Belgique est particulièrement vulnérable. Selon les données de Fluxys, ses installations de stockage de gaz n’étaient remplies qu’à environ 31 % à la fin du mois de juillet.
Cette vulnérabilité est en partie le résultat de nos propres choix
Pendant plus de vingt ans, la Belgique a maintenu le cadre de sortie du nucléaire adopté en 2003. Bien que ce cadre ait finalement été abrogé en 2025, les incertitudes et les revirements répétés en matière de politique nucléaire ont découragé les investissements et laissé le pays sans stratégie de remplacement suffisamment solide lorsque les capacités nucléaires ont diminué. Sur les sept réacteurs du pays, un a été fermé en 2022, un autre en 2023 et trois supplémentaires en 2025. Les deux réacteurs restants sont en maintenance depuis avril 2026, laissant temporairement la Belgique sans production d’électricité nucléaire.
En 2021, l’énergie nucléaire représentait 52,3 % du mix électrique belge, selon Luminus. Les nouvelles capacités renouvelables installées depuis lors ainsi que les nouveaux projets de centrales à cycle combiné au gaz (CCGT), notamment la centrale d’ENGIE à Flémalle et le projet de Luminus à Seraing, dont la mise en service est prévue en 2027, ne suffisent pas encore à compenser cette perte.
L’absence de production nucléaire entraîne trois conséquences majeures pour la Belgique :
Une perte d’indépendance électrique, la Belgique étant importatrice nette d’électricité depuis 2023.
Une exposition accrue à des prix de l’électricité plus élevés, la dépendance croissante aux marchés extérieurs et aux centrales à gaz pouvant entraîner une augmentation des coûts pour les consommateurs, en particulier lors des périodes de tension sur l’approvisionnement.
Une hausse des émissions de gaz à effet de serre, car les périodes de faible production renouvelable nécessitent un recours accru aux centrales à gaz ou à des importations d’électricité qui ne sont pas nécessairement d’origine renouvelable.
La souveraineté européenne commence par la souveraineté énergétique
Cet épisode, ainsi que la crise énergétique provoquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie, rendent cette leçon évidente : réduire la dépendance de l’Europe et de la Belgique aux combustibles fossiles est une nécessité absolue. Pourtant, l’action politique n’est pas à la hauteur de l’ampleur du défi.
Selon le SPF Économie, la Russie représentait encore 11,6 % de la consommation de gaz de la Belgique en 2025, soit une part plus importante qu’au début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, malgré l’objectif européen de mettre fin aux importations de gaz russe d’ici 2027.
Parallèlement, la Belgique a enregistré en 2025 des volumes records d’importations de GNL américain, reflétant l’effort plus large de l’Europe pour diversifier ses approvisionnements en gaz.
Mais remplacer une dépendance par une autre n’est pas une solution. Le véritable défi pour l’Europe est de réduire ses importations de combustibles fossiles.
La sortie des combustibles fossiles n’est pas seulement une question de sécurité énergétique. Le même système énergétique qui nous expose aux chocs géopolitiques alimente également une crise climatique qui provoque déjà des vagues de chaleur, des incendies de forêt et des inondations de plus en plus fréquents à travers l’Europe.
Réduire notre dépendance aux combustibles fossiles est aussi un impératif économique. Selon la Banque centrale européenne, l’Union européenne dépense environ 400 milliards d’euros par an pour importer des combustibles fossiles. Cela représente un transfert massif de richesse vers les pays exportateurs de ces ressources et expose l’économie européenne aux chocs des prix mondiaux.
En investissant dans les énergies bas carbone, nous pouvons :
Réduire les pressions inflationnistes et protéger le pouvoir d’achat.
Garder une plus grande part des dépenses au sein de l’économie européenne.
Créer des emplois.
Renforcer la compétitivité de l’Europe à long terme.
Entre autres, Volt Belgique appelle à :
Accélérer le déploiement des énergies bas carbone en simplifiant les procédures d’autorisation, en améliorant les raccordements au réseau et en mobilisant les investissements dans les capacités renouvelables et nucléaires, tout en réduisant la dépendance aux centrales électriques alimentées par des combustibles fossiles.
Renforcer le système électrique européen grâce aux interconnexions transfrontalières, à la modernisation et à la numérisation des réseaux, au développement du stockage de l’énergie et à la flexibilité de la demande.
Réduire la demande en combustibles fossiles grâce à la rénovation des bâtiments, à l’électrification du chauffage, au déploiement des pompes à chaleur et des technologies propres, tout en développant une capacité industrielle européenne dans les technologies énergétiques stratégiques.
La souveraineté énergétique ne viendra ni d’un accroissement des forages ni d’une augmentation des importations de combustibles fossiles. Elle viendra d’une production accrue d’énergie bas carbone, d’une utilisation plus efficace de l’énergie et de la construction des infrastructures dont l’Europe a besoin pour reprendre le contrôle de son avenir.