🇺🇸🇪🇺 La défaite de Trump ne doit pas devenir un prétexte à l'attentisme européen
La défaite de Trump est une excellente nouvelle, mais il conserve d'importants pouvoirs à l'international.
Sa présidence a révélé les effets délétères de la dépendance européenne envers les USA. Mais le problème dépasse sa personne : quel que soit le président américain, l'Europe doit pouvoir défendre ses propres intérêts.
Cela passe par une véritable fédération européenne, dotée de capacités communes et d'institutions fortes.
Notre sécurité ne peut dépendre des élections américaines.
1. Une marée bleue
Les démocrates prennent le contrôle des deux chambres du Congrès et réalisent des percées historiques dans plusieurs États traditionnellement républicains, notamment le Kansas, le Texas et la Caroline du Sud.
Trois facteurs principaux expliqueraient ce revers électoral :
L'impopularité croissante de Donald Trump.
La hausse du coût de la vie, notamment des prix de l'essence.
Le mécontentement lié à la guerre contre l'Iran.
2. Un président affaibli sur le plan intérieur, mais toujours puissant à l'international
Avec les deux chambres du Congrès aux mains des démocrates, Trump pourrait rencontrer davantage de difficultés pour :
Faire adopter ses lois et financer son programme politique.
Faire confirmer ses nominations judiciaires.
Échapper aux enquêtes parlementaires, voire à une nouvelle procédure de destitution (impeachment).
Toutefois, le président conserve d'importantes prérogatives en matière de politique étrangère et de défense, qui lui permettent de prendre certaines décisions sans autorisation préalable du Congrès.
3. Ukraine : un soutien américain incertain
Donald Trump conserve une influence déterminante sur le soutien américain à l'Ukraine. Il pourrait réduire les livraisons d'armes, restreindre le partage de renseignements et l'accès à Starshield, ou assouplir les sanctions contre la Russie.
Les moyens du Congrès pour s'y opposer restent toutefois très limités :
Armes : le Congrès peut voter les financements, mais Trump conserve une large marge de manœuvre sur les modalités et le calendrier des livraisons.
Renseignement : le Congrès peut légiférer pour protéger certaines coopérations, mais les décisions opérationnelles restent largement entre les mains de l'administration.
Sanctions : le Congrès peut tenter d'empêcher leur levée, mais Trump peut suspendre temporairement certaines mesures. Toute restriction législative pourrait se heurter à son veto, surmontable uniquement à la majorité des deux tiers dans chaque chambre.
4. Le risque d'une nouvelle escalade militaire contre l'Iran
La présidence de George W. Bush illustre les limites du pouvoir du Congrès face à une escalade militaire engagée par l'exécutif.
Quels sont les pouvoirs respectifs du président et du Congrès ?
Frappes aériennes : le président peut ordonner certaines opérations militaires sans autorisation préalable du Congrès.
Troupes au sol : une intervention de grande ampleur nécessiterait normalement une autorisation du Congrès. Trump pourrait néanmoins engager des troupes sans celle-ci, au risque de provoquer une confrontation constitutionnelle.
En cas de conflit prolongé, le Congrès peut restreindre les financements militaires et demander le retrait des troupes. Ces mesures pourraient toutefois intervenir trop tard pour éviter les premières conséquences de l'intervention.
Pour l'Europe, une nouvelle escalade pourrait avoir de lourdes conséquences :
Hausse des prix du pétrole et du gaz.
Accélération de l'inflation.
Détournement des ressources militaires américaines au détriment du soutien à l'Ukraine.
Déstabilisation régionale et nouvelles tensions internationales.
5. Tarifs douaniers : l'Europe reste exposée
Trump conserve plusieurs moyens juridiques pour imposer de nouveaux droits de douane à l'Europe.
Le Congrès pourrait tenter de limiter ces prérogatives par une nouvelle législation. Toutefois, Trump pourrait y opposer son veto. Pour le surmonter, il faudrait réunir une majorité des deux tiers dans chacune des deux chambres, un seuil que les Démocrates n'ont pas atteint.
6. OTAN : le Congrès pourra limiter les décisions de Trump
Trump a régulièrement remis en question l'engagement américain au sein de l'Alliance et annoncé des réductions de la présence militaire américaine en Europe.
Toutefois, la législation américaine limite sa marge de manœuvre :
Le président ne peut pas retirer unilatéralement les États-Unis de l'OTAN sans respecter les conditions d'approbation prévues par la législation américaine.
Le Congrès a également adopté des restrictions limitant la possibilité de réduire significativement les effectifs militaires américains stationnés en Europe.
7. L'Europe reste dépendante des États-Unis
La victoire démocrate pourrait limiter les marges de manœuvre de Donald Trump sur le plan intérieur. Elle ne remet toutefois pas en cause ses pouvoirs considérables en matière de politique étrangère et de défense.
Surtout, le problème dépasse largement la personnalité de Donald Trump. Les priorités stratégiques américaines peuvent évoluer au gré des administrations et ne coïncident pas nécessairement avec celles des Européens.
L'Europe ne peut donc pas attendre un éventuel changement politique à Washington pour garantir ses propres intérêts stratégiques. Sans pour autant abandonner toute coopération avec les États-Unis, elle doit réduire ses dépendances dans les domaines essentiels :
Défense : équipements militaires américains (F-35, missiles Patriot), munitions et commandement militaire de l'OTAN.
Renseignement : satellites espions, surveillance, renseignement électromagnétique et partage de renseignements.
Technologies : Starlink et Starshield, semi-conducteurs et composants électroniques avancés.
Numérique : plateformes et infrastructures américaines (Google, Microsoft, Amazon, Apple, Meta), notamment dans le cloud et l'intelligence artificielle.
Énergie : importations de gaz naturel liquéfié (GNL) américain et exposition aux marchés internationaux.
Finance : domination du dollar, infrastructures financières américaines et poids de Wall Street dans le financement des entreprises.
Diplomatie : influence américaine dans les négociations internationales, les sanctions et les relations transatlantiques.
8. Notre réponse : construire une véritable fédération européenne
Ce que l'Europe doit garantir elle-même, elle ne peut le confier durablement à Washington.
L'Europe doit franchir une nouvelle étape dans son intégration politique et construire une véritable fédération européenne. Plusieurs chantiers doivent être menés de front :
Défense commune : développer une capacité militaire européenne intégrée, mutualiser les achats d'équipements et recourir à des emprunts communs.
Transition énergétique : accélérer le remplacement des énergies fossiles par des énergies bas carbone et renforcer notre indépendance énergétique.
Souveraineté technologique : développer des alternatives européennes dans les secteurs stratégiques, notamment le spatial, les semi-conducteurs et l'intelligence artificielle.
Intégration économique : achever le marché unique des biens, des services et des capitaux et développer le recours aux Eurobonds pour financer les grands projets stratégiques européens.
Diplomatie commune : construire une politique étrangère européenne capable de défendre nos intérêts sur la scène internationale.
Réforme institutionnelle : renforcer les institutions démocratiques européennes et généraliser la prise de décision à la majorité qualifiée, plutôt que de laisser les vetos nationaux paralyser l'action commune.
Il est essentiel que les 27 États membres unissent leurs forces au sein d'une véritable fédération européenne, capable de garantir notre sécurité, de protéger notre économie et de préserver notre souveraineté.
Une Europe forte sera un partenaire plus solide et plus fiable pour toutes les administrations américaines, y compris la prochaine. Notre sécurité ne peut dépendre de l'identité du prochain président des États-Unis, pas plus que notre avenir ne peut être suspendu aux alternances politiques à Washington.