Les Hautes Fagnes brûlent : la Belgique doit prévenir plutôt que guérir

🔥 Les Hautes Fagnes brûlent. Plus de 3 000 hectares ont déjà été touchés et l’incendie n’est toujours pas éteint. Face à un risque qui augmente, la Belgique doit mieux se préparer : renforcer les pompiers, améliorer la détection et l’alerte, adapter nos forêts et nos zones humides, et lutter contre le dérèglement climatique. Volt appelle à agir maintenant.

20 août 2026

Contexte

Les incendies de végétation ne sont plus un phénomène cantonné au sud de l’Europe. De l’Espagne à l’Écosse, les feux se multiplient, gagnent en intensité et deviennent de plus en plus difficiles à maîtriser. La Belgique n’échappe désormais plus à cette réalité : le grand incendie dans les Hautes Fagnes en est un exemple frappant.

Plus de 3 000 hectares ont été ravagés par les flammes dans les Fagnes et des centaines d’habitants ont dû être évacués [1]. Les tourbières et landes des Hautes Fagnes comptent parmi les écosystèmes les plus précieux de notre pays. Leur disparition affecterait tout un biotope et des fonctions essentielles comme le stockage du carbone, la biodiversité et la régulation de l’eau. Même si la végétation repoussera, la nature pauvre des sols ralentira fortement la régénération : il faudra des décennies, voire un siècle pour certains massifs forestiers, avant de retrouver des paysages comparables à ceux d’avant l’incendie. Pour les tourbières, formées sur des milliers d’années, la restauration sera encore plus longue et pourrait ne jamais permettre de retrouver exactement l’état initial [2].

Il s’agit du plus grave incendie jamais recensé en Belgique [3].

Volt exprime toute sa solidarité envers les pompiers, les agriculteurs, les agents forestiers et les nombreux bénévoles mobilisés face aux flammes. Nous saluons et encourageons également la solidarité européenne et l’arrivée de renforts venus des pays voisins.

Mais éteindre les flammes ne suffit pas…

La priorité est de lutter contre le dérèglement climatique

Cela fait des décennies que les scientifiques mettent en garde contre le changement climatique. Il est principalement alimenté par les activités humaines, notamment par la combustion des énergies fossiles. Il favorise, entre autres, des périodes de chaleur et de sécheresse plus longues et plus intenses, qui augmentent le risque d’incendie.

La Belgique est particulièrement vulnérable au manque d’eau. Elle figure au 18e rang parmi les 25 pays confrontés chaque année à un stress hydrique extrême [4], notamment en raison de sa forte densité de population, de la pollution, d'une forte imperméabilisation des sols et d'un drainage rapide de l'eau. Cette situation accroît notre exposition au risque de sécheresse. 234 feux de végétation ont déjà été recensés en Belgique depuis le début de l’année, soit plus du double du nombre enregistré sur l’ensemble de l’année 2025 [5].

En Wallonie, 18% des ménages wallons se trouvent à moins de 200 mètres d’une zone à fort risque d'incendie. 41% à moins de 400 mètres [6].

Les experts du CERAC (entre d'analyse des risques du changement climatique) alertent par ailleurs sur une aggravation significative du risque de feux de végétation dans les 10 à 15 ans [7].

Mais prévenir les incendies, c’est aussi agir sur leurs causes immédiates : plus de 90 % des feux de végétation sont liés à l’activité humaine [8]. La prévention, la surveillance et l’aménagement du territoire peuvent donc jouer un rôle déterminant pour réduire leur fréquence.

Face à cette réalité, la réponse politique devrait être claire : prévenir et se préparer.

Et pourtant…

Alors que les risques liés aux incendies et au dérèglement climatique augmentent, la Belgique doit renforcer ses capacités pour y faire face. Nos services d’incendie sont déjà sous pression : le pays compte environ 17 000 pompiers, tandis que le nombre de volontaires diminue et que les zones de secours font face à des pénuries d’effectifs. Le sous-financement et le manque de personnel limitent leur capacité à faire face à des crises qui peuvent désormais toucher plusieurs régions simultanément [9]. Au-delà des effectifs et du financement, un rapport du Belgian Wildfire Network, qui réunit des chercheurs de l’Université de Gand (UGent) et de l’Université de Liège, met en évidence d’autres faiblesses dans la capacité de la Belgique à faire face aux incendies de forêt, notamment le manque de données, d’équipements et d’expertise, ainsi que la complexité de la gouvernance et la répartition des responsabilités entre les autorités publiques [10].

Les incendies récents dans les Hautes Fagnes ont également mis en évidence des faiblesses dans notre capacité à surveiller et à communiquer les risques pour la santé liés à l’environnement. La population n’a pas été avertie suffisamment rapidement de la présence de particules fines dans les fumées, alors que des concentrations très élevées de PM2,5 avaient été enregistrées localement [11].

Dans le même temps, l’action climatique reste insuffisante et fait encore l’objet de remises en cause politiques. En 2025, le vice-Premier ministre David Clarinval appelait notamment à mettre « sur pause » certaines mesures climatiques et environnementales [12], tandis qu'en Flandre, le gouvernement a revu à la baisse certaines de ses ambitions climatiques [13]. Face à des risques climatiques qui s'intensifient, nous devons au contraire investir à la fois dans notre capacité de réponse et dans la prévention.

La capacité aérienne nationale pour lutter contre les incendies de végétation reste limitée. Les commandes récentes de Chinook et d’H145M [14] constituent un renforcement bienvenu des capacités de la Défense et pourront également apporter un appui précieux en cas d’incendie majeur. Elles doivent toutefois s’inscrire dans une stratégie plus large, combinant capacités aériennes, moyens au sol, prévention, détection précoce et coopération transfrontalière.

C’est pourquoi Volt appelle à :

  • Acheter, conjointement avec le Luxembourg et les Pays-Bas, des hĂ©licoptères anti-incendie ;

  • Évaluer l’utilisation des A400M belges comme capacitĂ© complĂ©mentaire pour le largage aĂ©rien d’eau ou de retardant ;

  • Renforcer la dĂ©tection et l’alerte prĂ©coce, afin d’intervenir avant que les feux ne prennent de l’ampleur et d’avertir rapidement la population lorsque les fumĂ©es prĂ©sentent un risque pour la santĂ© ;

  • DĂ©velopper une base de donnĂ©es nationale et interrĂ©gionale des feux de vĂ©gĂ©tation, recensant les dĂ©parts de feu, les surfaces brĂ»lĂ©es, les conditions mĂ©tĂ©orologiques, les causes, les interventions et les dommages, afin d’amĂ©liorer la prĂ©vention, l’évaluation des risques et la planification des moyens ;

  • Mettre en place un mĂ©canisme fĂ©dĂ©ral de coordination des feux de vĂ©gĂ©tation et renforcer la coopĂ©ration entre l’État fĂ©dĂ©ral, les RĂ©gions et les services d’intervention, afin de coordonner les efforts et de mobiliser rapidement des moyens supplĂ©mentaires en cas d’incendie majeur ;

  • Renforcer la prĂ©vention des dĂ©parts de feu lors des pĂ©riodes Ă  risque Ă©levĂ©, notamment par des campagnes d’information ciblĂ©es, des restrictions temporaires sur certaines activitĂ©s Ă  risque et une meilleure application des règles existantes ;

  • IntĂ©grer le risque de feux de vĂ©gĂ©tation dans l’amĂ©nagement du territoire, notamment dans les zones oĂą des habitations ou infrastructures vulnĂ©rables jouxtent des forĂŞts, des landes ou d’autres espaces naturels Ă  risque ;

  • Adapter la gestion de nos forĂŞts, de nos terres et de notre eau au risque climatique, notamment en diversifiant les essences et en rĂ©duisant la continuitĂ© de la vĂ©gĂ©tation inflammable, avec une attention particulière aux monocultures de rĂ©sineux vulnĂ©rables au feu ;

  • CrĂ©er des dispositifs stratĂ©giques visant Ă  rompre la continuitĂ© des combustibles, adaptĂ©s aux diffĂ©rents Ă©cosystèmes et conçus en concertation avec les gestionnaires de la nature, tout en restaurant les zones humides afin de renforcer la rĂ©silience de nos territoires ;

  • Indemniser les agriculteurs mobilisĂ©s dans les Fagnes pour les heures prestĂ©es et les Ă©ventuels dommages matĂ©riels ;

  • Renforcer les effectifs, la formation spĂ©cialisĂ©e et l’équipement des pompiers, de la Protection civile et des gardes forestiers ;

  • Et surtout, sortir progressivement de notre dĂ©pendance aux Ă©nergies fossiles, afin de limiter l’aggravation du dĂ©règlement climatique.

Les incendies de demain ne sont pas une fatalité. Mais le risque de feux de végétation plus fréquents et plus dévastateurs augmentera à mesure que le dérèglement climatique s’intensifie.

N’attendons pas la prochaine catastrophe pour agir.

Sources :

[1] https://www.rtbf.be/article/direct-incendie-dans-les-fagnes-habitants-evacues-2700-hectares-partis-en-fumee-les-pompiers-continuent-a-lutter-contre-le-feu-11770992 

[2] https://www.rtl.be/actu/environnement/10000-ans-dhistoire-pourraient-partir-en-cendres-lincendie-menace-un-ecosysteme/2026-08-18/article/797597

[3] https://www.vrt.be/vrtnws/fr/2026/08/16/le-pire-incendie-de-foret-de-l-histoire-de-la-belgique-des-c/ 

[4] https://waterwiser.fr/actualites/la-belgique-face-au-stress-hydrique-extr%C3%AAme-mythe-ou-r%C3%A9alit%C3%A9

[5] https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/08/17/belgie-telde-op-13-augustus-al-234-natuurbranden-helft-meer-dan/

[6] https://www.cesewallonie.be/sites/default/files/uploads/Evenement/web%27actu%2016.10.2025/20251016_presentation%20J.Teller.pdf?utm_source=chatgpt.com

[7] https://www.cerac.be/fr/news/2026-07-la-frequence-des-feux-de-vegetation-ne-cesse-daugmenter

[8] https://environnement.wallonie.be/feux 

[9] https://www.rtl.be/actu/lenquete/cest-une-reelle-catastrophe-les-pompiers-belges-debordes-et-trop-peu-nombreux/2026-06-07/article/790949 & https://www.lesoir.be/765408/article/2026-08-17/il-faut-agir-rapidement-le-president-des-pompiers-denonce-le-sous-financement

[10] https://www.standaard.be/politiek/negen-ministers-in-maart-al-gewaarschuwd-voor-bosbranden-maar-ze-bespraken-rapport-nooit/160228826.html

[11] https://www.rtl.be/actu/magazine/sante/alerte-aux-particules-fines-apres-lincendie-dans-les-hautes-fagnes-pourquoi-t/2026-08-19/article/797781

[12] https://www.lesoir.be/689901/article/2025-07-26/pour-sauver-lindustrie-clarinval-pret-mettre-en-pause-les-mesures-climatiques

[13] https://www.rtbf.be/article/le-nouveau-gouvernement-flamand-freine-ses-ambitions-climatiques-11442379, https://www.demorgen.be/nieuws/n-va-pleit-voor-klimaatpauze-onverantwoord-zegt-klimaatwetenschapper~bc9efce2/?referrer=https%3A%2F%2Fwww.google.com%2F & https://daardaar.be/rubriques/environnement/rechauffement-climatique-labsence-dalarmisme-de-la-n-va-nuit-aux-plus-vulnerables/

[14] https://www.lalibre.be/belgique/politique-belge/2026/08/17/francken-veut-des-helicopteres-chinooks-mais-pour-certains-tout-ce-qui-est-americain-est-mauvais-YV3WAW3LUNCVRKTCXBLNMINTOE/