L'été caniculaire de 2026
L'été caniculaire de 2026 met en évidence la nécessité d'une politique climatique belge forte
La canicule et la sécheresse extrêmes de cet été ont un coût humain, naturel et économique considérable : elles entraînent des décès liés à la chaleur et exercent une pression supplémentaire sur nos systèmes de santé ; elles pèsent davantage sur notre environnement naturel déjà vulnérable ; elles réduisent notre productivité du travail et notre production agricole ; et elles perturbent les transports et la production d'énergie. Volt appelle à une politique climatique forte qui s'attaque aux causes du changement climatique afin d'empêcher que la situation ne s'aggrave (atténuation du changement climatique), et qui prévoie des mesures d'adaptation pour faire face aux effets du changement climatique afin de limiter les dégâts (adaptation au changement climatique).
3 000 vies et jusqu’à 6 milliards d’euros de dégâts économiques
De plus en plus de données sont disponibles sur l’impact de la chaleur et de la sécheresse persistantes de l’été dernier. Les estimations les plus récentes font état de dégâts considérables en Belgique et dans toute l’Europe.
Économie et industrie
Sur la base de plusieurs études qu’il a analysées, le Centre d’évaluation des risques climatiques et environnementaux (CERAC) a estimé en septembre 2026 que les dégâts économiques causés par les canicules de l’été 2026 pourraient atteindre près de 6 milliards d’euros en Belgique [1]. Cela représente environ 1 % du produit intérieur brut (PIB) belge. Ce recul du PIB serait principalement dû à une baisse de la productivité du travail. La chaleur rend les travailleurs moins efficaces et réduit le nombre d’heures prestées, en particulier dans les secteurs à forte composante physique, comme l’agriculture, la construction et certaines activités industrielles.
Agriculture et alimentation
Selon le CERAC, les pertes dans l’agriculture se situent entre 3 et 7 %. Comme l’a indiqué le ministre fédéral de l’Économie, les premières estimations font état de pertes importantes de récoltes [2]. Dans certaines régions, la récolte de pommes de terre s’oriente vers des pertes de 40 à 50 %. Pour le maïs, les pertes de rendement locales pourraient atteindre 50 à 75 %. L’élevage souffre également : la chaleur extrême a entraîné une hausse de la mortalité animale, une baisse de la production laitière et des problèmes de santé supplémentaires chez le bétail.
Environnement et cadre de vie
L’institut belge de santé Sciensano a estimé le nombre de décès liés à la chaleur à près de 3 000 [3]. Ces chiffres couvrent l’ensemble de la Belgique pour les trois canicules de l’été 2026. La première canicule, fin juin, a été la plus meurtrière. La ventilation par âge et par sexe montre une surmortalité dans tous les groupes d’âge adultes [4]. En chiffres absolus, la surmortalité a été la plus élevée chez les personnes de 65 ans et plus.
Nature et biodiversité
Le Service public de Wallonie (SPW) et les services du Gouverneur de la province de Liège ont estimé qu’environ 3 000 hectares de nature avaient été détruits dans les Hautes Fagnes [5]. La chaleur extrême, la sécheresse persistante et des vents violents ont favorisé la propagation rapide de l’incendie. Des évaluations ultérieures ont porté les dégâts à quelque 3 300 hectares [6].
Europe
Des dégâts considérables ont été enregistrés dans toute l’Europe. Des chercheurs de Triodos Bank avertissent que la chaleur extrême pourrait anéantir la croissance économique européenne [7]. Ils estiment que la chaleur réduira le PIB de l’UE d’environ 1 % en 2026, soit exactement la croissance prévue pour cette année. Partout en Europe, les cours d’eau étaient beaucoup trop bas, ce qui a fortement compliqué le transport fluvial. Plusieurs centrales électriques ont aussi dû être temporairement mises à l’arrêt faute d’eau suffisante pour les refroidir.
Ces chiffres montrent que le changement climatique n’est pas un problème lointain. La chaleur et la sécheresse persistantes causées par le changement climatique ont un impact négatif sur notre économie et notre industrie, notre agriculture et notre sécurité alimentaire, notre santé et notre qualité de vie, notre nature, ainsi que nos chaînes d’approvisionnement et notre approvisionnement énergétique. Alors que les canicules étaient autrefois un phénomène exceptionnel, elles sont désormais devenues un risque structurel.
Notre dépendance aux combustibles fossiles
La cause principale du changement climatique est notre dépendance collective aux combustibles fossiles pour produire de l’énergie. Ce système énergétique fossile est responsable d’environ trois quarts des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La combustion de ces énergies fossiles produit d’énormes quantités de CO₂. L’augmentation du CO₂ dans l’atmosphère renforce l’effet de serre et réchauffe la planète. Cela se traduit notamment par des périodes de chaleur et de sécheresse plus longues, qui entraînent à leur tour les dégâts décrits ci-dessus. Si nous ne nous attaquons pas à cette cause, nous risquons des périodes de chaleur et de sécheresse plus fréquentes et plus intenses.
Une deuxième cause majeure est notre système alimentaire, qui représente environ un quart des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Le bétail émet du méthane, un gaz bien plus puissant que le CO₂. Des forêts sont abattues pour faire place aux pâturages et aux cultures fourragères, libérant le carbone stocké et détruisant l’un des plus importants puits de CO₂ de la nature. Les engrais, les machines, le transport, le gaspillage alimentaire et d’autres facteurs ajoutent encore des émissions. L’essentiel est que les produits animaux nécessitent beaucoup plus de terres et génèrent beaucoup plus d’émissions par kilo ou par calorie que les aliments d’origine végétale, alors qu’un tiers de toute la nourriture produite n’est jamais consommée. C’est pourquoi manger moins de viande et de produits laitiers et gaspiller moins de nourriture (la transition alimentaire) est le principal levier climatique dont nous disposons en dehors de la transition énergétique. Nous ne pouvons toutefois pas ignorer les revenus et les moyens de subsistance des agriculteurs, dont l’inclusion dans toute transition doit être garantie.
Par ailleurs, les plans nécessaires pour faire face au risque accru de canicules, d’incendies, de sécheresses et d’inondations sont souvent encore absents ou insuffisants, et ne sont pas suffisamment coordonnés au-delà des frontières. Ces lacunes nous rendent particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique.
Électrification et adaptation
Volt Belgique défend des mesures socialement et économiquement réalisables, qui limitent à la fois la poursuite du réchauffement climatique et les dégâts qui en résultent. La clé est de réduire nos émissions de CO₂ et de renforcer notre résilience face à la chaleur, aux incendies, à la sécheresse et aux inondations.
Atténuation du changement climatique
Pour nous attaquer à la cause principale du changement climatique actuel, nous devons électrifier un processus après l’autre, tout en rendant notre électricité de plus en plus durable. L’électrification est nécessaire dans des domaines comme la mobilité, le chauffage des logements et les processus industriels. Pour produire l’électricité nécessaire, nous devons investir dans l’énergie solaire, l’éolien et d’autres formes d’énergie renouvelable. Nous devons aussi trouver des moyens de stocker cette énergie, pour faire face aux périodes de faible vent ou de peu de soleil, et renforcer notre réseau pour absorber la demande croissante d’électricité.
Les chiffres montrent que ce n’est pas une utopie. Dans l’UE, les énergies renouvelables ont déjà fourni 48 % de toute l’électricité en 2025 [8]. Elles constituent ainsi la première source d’électricité de l’UE, devant l’ensemble des combustibles fossiles réunis.
Investir dans les énergies renouvelables nous rend aussi plus résilients face à l’instabilité géopolitique. Pensons simplement à l’impact sur les prix du pétrole et du gaz de l’invasion russe de l’Ukraine et de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Outre les bénéfices pour le climat, nous gagnons en autonomie stratégique, et en prime, en air plus propre et plus sain.
Pour Volt Belgique, l’énergie nucléaire fait partie du mix énergétique actuel. La construction étant la phase la plus longue et la plus coûteuse du nucléaire, les centrales existantes doivent rester en activité le plus longtemps possible.
Pour Volt, une vision globale à long terme de notre système énergétique exige aussi de réfléchir à l’échelle européenne pour garantir l’approvisionnement en électricité. Selon le contexte propre à chaque pays européen, l’accent peut être mis sur certaines technologies. La Belgique, par exemple, pourrait miser sur l’éolien en mer et tirer pleinement parti de son expertise nucléaire. Elle pourrait valoriser cette expertise dans la recherche sur les petits réacteurs modulaires (SMR), la sûreté, le démantèlement, ainsi que les applications médicales.
Adaptation au changement climatique
Entre-temps, le changement climatique n’est plus un scénario d’avenir, mais une réalité. Même si nous ramenions nos émissions de CO₂ à zéro demain, les conséquences du changement climatique seraient toujours là. La Belgique doit donc se préparer à davantage de chaleur, d’incendies, de sécheresses et d’inondations. C’est pourquoi nous devons investir systématiquement dans la résilience : par exemple des plans canicule qui prévoient davantage de lieux publics rafraîchis et d’espaces verts, une gestion de l’eau qui protège à la fois contre la sécheresse et les inondations (par exemple en renforçant le Blue Deal en Flandre), une restauration de la nature centrée sur les tourbières et la réhumidification, des infrastructures résilientes conçues pour résister aux impacts climatiques et s’en remettre, ainsi que des plans de protection des travailleurs exposés à un stress thermique extrême.
L’appel à l’action de Volt Belgique
Volt Belgique demande un plan climat belge qui soit :
Écologiquement ambitieux : atteindre la neutralité climatique (zéro émission nette de gaz à effet de serre) aussi vite que réalistement possible et conformément au Pacte vert pour l’Europe, et mettre en place des plans d’adaptation adéquats face aux canicules, aux feux de forêt, aux sécheresses et aux inondations.
Socialement juste : soutenir les ménages à faibles revenus dans la transition énergétique, et accorder une attention particulière aux personnes et aux communautés vivant dans des conditions précaires, qui sont les plus durement touchées par le changement climatique.
Économiquement solide : soutenir la compétitivité de notre économie pendant la transition climatique, y compris l’industrie et l’agriculture.
Pragmatique : construire un mix énergétique durable qui donne un rôle clair aux énergies renouvelables comme au nucléaire.
Européen : penser au-delà des frontières, en défendant le même plan climat ambitieux dans tous les pays européens.
Plus concrètement, Volt Belgique appelle aujourd’hui à agir rapidement sur les points suivants.
Énergie
Élaborer une politique énergétique globale, axée sur l’accessibilité financière, la disponibilité et la durabilité, dans laquelle une combinaison de technologies contribue à un mix énergétique durable composé d’énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien, tout en examinant le rôle de l’énergie nucléaire.
Mettre fin aux subventions directes et indirectes aux énergies fossiles.
Explorer des stratégies pour faire baisser les prix de l’électricité, notamment un glissement fiscal plus poussé et plus rapide de l’électricité vers les combustibles fossiles.
Investir dans l’éolien terrestre et dans les parcs éoliens en mer du Nord belge.
Ménages
Élaborer une politique de rénovation axée sur la faisabilité et la durabilité, qui inclut tout le monde et dispose des moyens nécessaires.
Encourager les pompes à chaleur, les panneaux solaires et les batteries domestiques.
Encourager la construction et la rénovation adaptées au climat, comme l’utilisation de matériaux résistants à la chaleur et perméables à l’eau, la récupération de l’eau de pluie, les solutions fondées sur la nature et une norme relative au niveau du rez-de-chaussée pour les nouvelles constructions.
Mobilité
Investir dans des transports publics intégrés et de qualité, avec une bonne couverture dans le temps et dans l’espace, facilement accessibles tant physiquement que financièrement.
Encourager les transports publics, le vélo et la marche pour les déplacements domicile-travail.
Décourager les moteurs thermiques au profit des véhicules électriques.
Économie et industrie
Élaborer un cadre politique stable et favorable qui encourage les investissements nécessaires à la transition climatique, comme des accords de politique énergétique et des feuilles de route climatiques vers une industrie bas carbone.
Investir dans l’efficacité énergétique ainsi que dans l’électrification et la défossilisation des processus industriels, comme la récupération de chaleur, les pompes à chaleur industrielles, l’hydrogène et les fours électriques dans la sidérurgie, et la chimie verte.
Investir dans une économie circulaire afin de minimiser les déchets et de maximiser les ressources grâce au réemploi des matériaux, au recyclage et à l’écoconception.
Encourager la recherche et le développement au service de la transition climatique, comme l’innovation bas carbone.
Étudier l’intérêt de renforcer les chaînes d’approvisionnement européennes en panneaux solaires et en batteries, et identifier une spécialisation belge réaliste en leur sein (dans le prolongement des mesures pour les ménages ci-dessus).
Étendre la tarification du carbone (SEQE-UE) à la majorité des émissions, avec un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) solide pour protéger notre industrie face aux pollueurs étrangers bon marché, et consacrer les recettes à la transition climatique, aux ménages à faibles revenus et aux communautés les plus durement touchées par le changement climatique.
Agriculture et alimentation
Élaborer un cadre politique stable et favorable qui aide nos agriculteurs locaux à traverser la transition climatique, en tenant compte de la compétitivité et de l’autonomie alimentaire.
Soutenir une transition vers des systèmes de production agricole durables et locaux, qui stockent aussi du carbone dans le sol, comme l’agriculture régénératrice et l’agroforesterie.
Soutenir la transition (protéique) vers une production moindre de viande et de produits laitiers.
Environnement et cadre de vie
Élaborer des plans d’action adéquats (et transfrontaliers) contre les canicules, les feux de forêt, les sécheresses et les inondations, avec la justice sociale comme principe directeur, en investissant d’abord là où la vulnérabilité et l’exposition sont les plus grandes, par exemple en adaptant les écoles, les maisons de repos et les hôpitaux à la chaleur.
Désimperméabiliser et verdir les villes et les communes pour lutter contre les îlots de chaleur et les inondations, par exemple avec davantage d’arbres, de parcs, de toitures vertes et de jardins.
Investir dans la protection contre les inondations, ainsi que dans le stockage et l’utilisation en été des excédents de pluie hivernale.
Nature et biodiversité
Restaurer la nature dégradée, étendre les espaces naturels, lutter contre la fragmentation grâce à des corridors écologiques et à des infrastructures vertes, et protéger les zones de grande valeur.
Investir dans des solutions fondées sur la nature pour le stockage du carbone comme pour la rétention d’eau, comme la protection et la réhumidification des tourbières existantes, la restauration des vallées et des plaines inondables, la gestion durable des forêts et la préservation intégrale des forêts anciennes.
Réhumidifier notre environnement naturel, notamment grâce à des mares et des marais qui apportent de la fraîcheur, et à des zones humides pouvant servir à lutter contre les incendies.
Gouvernance climatique et transition juste
Élaborer une législation climatique interfédérale permettant de réorganiser les différents organes qui préparent et décident de la politique climatique.
Évaluer les conséquences économiques possibles de la transition climatique, en tenant compte de son impact sur l’emploi et la compétitivité de notre économie, y compris l’industrie et l’agriculture.
Évaluer les conséquences sociales possibles de la transition climatique, en tenant compte de son impact sur les personnes (et les animaux) vivant dans des conditions précaires.
Europe
Jouer un rôle de pionnier dans le Pacte vert pour l’Europe.
Respecter les exigences européennes en matière d’objectifs climatiques et énergétiques (Plan national énergie-climat, ou PNEC).
Soumettre à la Commission européenne le plan national de restauration de la nature obligatoire (National Restoration Plan, ou NRP), une échéance que nous avons manquée le 1er septembre 2026.
Opérer le basculement de l’avion vers le train pour les déplacements au sein de l’Europe.
Sources
[1] https://www.cerac.be/en/publications/2026-09-economic-impact-heatwaves-belgium-what-revealed-summer-2026
[2] https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/09/23/hitte-landbouw-schade/
[3] https://www.vrt.be/vrtnws/nl/2026/09/02/hittedoden-zomer-2026-sciensano-hittegolf-klimaat-belgie/
[4] https://www.sciensano.be/nl/pershoek/oversterfte-van-de-hittegolf-van-juni-2026-verdere-analyse
[5] https://www.vrt.be/vrtnws/nl/liveblog/provinciale-fase-rampenplan-opgeheven-in-hoge-venen-~1787109504614/
[6] https://www.nieuwsblad.be/binnenland/een-maand-na-het-uitbreken-van-brand-in-hoge-venen-heeft-het-vuur-zon-3.300-hectare-verwoest/161272303.html
[7] https://www.triodos.be/nl/artikelen/2026/dit-is-het-prijskaartje-van-een-extreem-hete-zomer
[8] https://ember-energy.org/latest-insights/european-electricity-review-2026/