La démagogie sur Ceuta était irresponsable - Les prochaines crises exigent l’unité de l’UE
Parler de suspension de l’espace Schengen ou d’afflux massifs de migrants était une instrumentalisation déconnectée de la situation à Ceuta.
La crise y est restée circonscrite et la quasi-totalité des personnes arrivées sur place a été renvoyée au Maroc en quelques heures. Pourtant, certains responsables politiques européens ont préféré la surenchère identitaire à une réponse fondée sur les faits.
Mais Ceuta révèle un problème plus large : l’UE ne peut pas affronter les crises du XXIᵉ s divisée.
Crise aux frontières et opportunisme
Le 30 et le 31 juillet 2026, près de 72 000 migrants ont tenté de rejoindre l’enclave de Ceuta, à la suite de la propagation massive de fausses rumeurs, mais aussi dans l’espoir de trouver une vie meilleure en Europe.
Un lourd bilan humain et politique
141 morts, principalement par noyade ;
des tensions entre les États membres de l’UE ;
une vague de populisme, de politique identitaire et de discours électoralistes autour d’une prétendue « marée humaine » qui serait prête à envahir l’Europe, largement amplifiée par Trump et Bardella.
Vingt-deux dirigeants européens ont condamné la gestion de la crise par l’Espagne et appelé à un durcissement des politiques migratoires, avec, en cheffes de file, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et la Première ministre danoise Mette Frederiksen.
Et en Belgique :
la N-VA a appelé à renforcer les contrôles aux frontières ;
le Vlaams Belang et le MR ont demandé que l’Espagne soit suspendue de l’espace Schengen.
Pourtant, la crise est restée strictement confinée à Ceuta.
De plus, les migrants n’auraient pas pu rejoindre l’Europe continentale par la mer sans passeports et visas en cours de validité. Presque tous ont été reconduits au Maroc en l’espace de quelques heures.
En définitive, aucun de ces migrants n’a atteint l’Europe continentale.
Certains éléments essentiels ont été largement ignorés
les pertes humaines dans cette tragédie ;
le rôle potentiel des passeurs ;
la passivité des autorités marocaines.
Et la mémoire a été sélective :
La Grèce, la Pologne et l’Italie avaient elles-mêmes bénéficié de la solidarité européenne lorsqu’elles avaient été confrontées à des crises ou à l’instrumentalisation des migrations : la Grèce en 2020 face à Ankara, la Pologne en 2021 face à Minsk et l’Italie en 2023 à Lampedusa.
Le Danemark avait bénéficié du soutien de l’Espagne sur la question du Groenland.
Les États d’Europe de l’Est renforcent leurs défenses contre les drones russes aux côtés de leurs alliés européens.
La division a un coût géopolitique
Les menaces renouvelées de Trump d’annexer le Groenland en sont un exemple, d’autant qu’une compagnie pétrolière américaine qui lui est liée a déjà acheminé du matériel de forage au Groenland sans l’autorisation des autorités locales.
L’Europe ne peut plus se diviser au gré des crises
Refusons les esclandres déconnectés de la réalité, hypocrites et électoralistes : ils ne répondent à aucun des enjeux structurels de la politique migratoire de l’UE.
L’Espagne a dû gérer la crise seule, et, comme d’autres pays frontaliers de l’Union, demeure exposée à de nouvelles crises migratoires.
À Ceuta, les appels à franchir la frontière, relayés massivement sur les réseaux sociaux, restent d’actualité.
Nous plaidons pour :
La réduction de l’externalisation vers des pays tiers : plus l’UE s’en remet à des États étrangers, comme le Maroc, pour gérer les migrations, plus elle devient vulnérable à l’utilisation des migrations comme arme politique.
Le respect des droits de l’homme : ils sont universels et inaliénables.
Le maintien de l’espace Schengen : la libre circulation est un pilier de l’Union et un droit des travailleurs. Ce n’est pas un jouet entre les mains des politiciens en quête de gains électoraux. Gérons plutôt ensemble nos frontières extérieures.
La solidarité et l’unité européennes : l’Union européenne est bien plus qu’un marché unique. En temps de crise, les États membres doivent partager leurs responsabilités et agir de concert. L’Europe est plus forte lorsqu’elle parle d’une seule voix, que ce soit sur les questions de migration, de frontières ou de politique étrangère.
Comment agir ?
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